Se reconvertir après un burn-out

1 août 2018
10 min

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Se reconvertir après un burn-out

Brillante et propulsée dans une carrière prometteuse, Camille avait apparemment tout pour se sentir bien. Jusqu’à ce qu’elle soit embauchée chez un ancien client, à un poste de leadership stratégique. Elle finit vite par se rendre compte que rien n’est en adéquation avec ses valeurs mais résiste et reste à sa place : après tout, elle est dans une position plus que confortable, ce serait fou de s’en aller maintenant. Quelques mois plus tard, elle est arrêtée pour burn-out.

Aujourd’hui, elle a fondé sa start-up autour de la réalisation vidéo, Videocity. Et tout va beaucoup mieux.

Camille a répondu à un appel à témoignage sur notre page facebook.

Vous souhaitez également témoigner ? Contactez-nous !

 

Enfant, à quel métier rêviez-vous ?

Ah! Quelle vaste question! Je crois que j’ai rêvé à toute une liste de métiers: archéologue, ostéopathe, ostéopathe équin, vendeuse… Balayeuse aussi, apparemment, selon ma grand-mère.

Qu’avez-vous fait comme études ?

J’ai fait un bac S puis j’ai enchaîné sur une classe préparation Physique/Chimie. Après deux ans, j’ai intégré Centrale Marseille où j’ai obtenu mon diplôme d’ingénieure généraliste avec une majeur en chimie, et en parallèle j’ai aussi validé un master en Chimie Organique et Sciences du Vivant à la fac.

Quels métiers avez-vous exercé ? 

J’ai commencé à travailler dans l’industrie pharmaceutique dès la fin de mes études. J’ai travaillé un peu plus de 4 ans dans une boite de conseil à Bruxelles qui m’a placée dans un premier temps sur une mission en Compliance. J’étais responsable des Déviations et CAPAs pour le département Logistique d’une multinationale qui produit des vaccins… en le disant, je me rends compte à quel point c’est du chinois !

En fait tout est très réglementé dans l’industrie pharmaceutique et à chaque fois qu’une de ces règles, qu’elle soit interne ou externe, n’est pas respectée, on doit créer ce qu’on appelle une déviation (on dévie par rapport à la règle). En fait, c’est une sorte d’investigation qui vise à comprendre ce qu’il s’est passé, à mesurer l’impact, entre autres, sur la qualité du produit et à mettre en place des CAPAs qui sont des actions visant à ce que cette déviation ne se reproduise plus. 

Après cette expérience, j’ai évolué vers une mission plus tournée à l’international. Après presque un an en tant que consultante sur ce projet, j’ai été embauchée par le client pour lequel j’ai travaillé  deux ans.

Quel est votre métier aujourd’hui ?

Aujourd’hui je suis CEO de ma startup Videostory. Je révèle la magie des gens en vidéo avec une approche qui allie le journalisme, le coaching et la réalisation vidéo. Je me suis créée un métier qui est un doux mélange de contact humain authentique, de créativité et de passion.

Qu’aimez-vous le plus dans votre travail actuel – en trois mots ?

Rencontre, partage, inspiration.

Et qu’aimez-vous le moins – en trois mots ?

Technique, multi-tâche, écrans.

Comment avez-vous compris qu’il était temps pour vous de changer de voie (déclic soudain, prise de conscience progressive…) ?

Presque deux ans après avoir été embauchée en interne chez mon client, j’ai commencé à régulièrement pleurer avant, pendant ou après le boulot. A ce moment-là, on était en pleine acquisition, tout mon environnement professionnel avait changé et les cultures des deux entreprises étaient très différentes. J’avais de plus en plus de boulot, je n’étais pas alignée avec la vision des nouveaux leaders ou du moins sur le « comment ». J’avais l’impression qu’on ne m’écoutait pas alors qu’on me demandait de prendre la position de leader sur des projets stratégiques. Toutes mes journées n’avaient plus aucun sens.

La prise de conscience a duré presque deux ans. Je ne voulais pas croire que cela m’arrivait, je venais d’être embauchée, j’avais un poste avec responsabilité et visibilité, et je me disais que j’allais réussir à surmonter ces challenges. J’ai levé le pied, le médecin a voulu m’arrêter pour « burn out », mais je ne voulais pas baisser les bras et laisser mon équipe en surcharge de travail, j’ai donc essayé de continuer quelques semaines. Puis il y a eu le meeting de trop, la goutte qui fait déborder le vase et qui m’a fait comprendre que les choses ne changeraient pas. J’ai alors été réellement arrêtée de travailler. 

Cela m’a pris presque un an pour comprendre que je devais changer de voie, c’est venu doucement au cours des deux ans environ, que j’ai passé en « burn out ». Je me rends compte que j’ai eu du mal à laisser derrière moi ce premier métier et les 5 ans d’études associés. J’avais l’impression que je quittais ce qui m’avait définie pendant ces 10 dernières années.

Quels ont été vos premiers pas pour entamer votre reconversion ?

Les premiers pas ont été de croire que j’étais capable de donner vie aux idées qui me venaient en tête. Au début je les écartais directement car elles étaient trop éloignées de ma formation et de mon expérience.

Puis je me suis lancée pendant mon arrêt de travail, via une formation en ligne qui m’a poussée à créer mon premier projet « Inspire-moi un métier ». L’idée ? Filmer des témoignages de professionnels qui expliquent leurs métiers avec des étoiles dans leurs yeux. Ce projet m’a permis de commencer à me ré-inspirer et aussi d’inspirer des personnes qui sont perdues quant à leurs choix de carrières ou qui se posent la question de changer de métier. Grâce à ce projet, je me suis rendue compte que certaines personnes aimaient vraiment leur boulot (alors pourquoi pas moi!), et puis j’ai aussi découvert que j’adorais faire des interviews et que j’adorais la vidéo.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pendant ce parcours ? Et quels ont été vos appuis/soutiens ?

C’était le grand écart avec ma formation d’ingénieure et ma vie de salariée. Donc je pense que la plus grande difficulté était de croire en moi après avoir perdu toute confiance avec le « burn out ». Entre autre, j’ai dû dépasser, et je le fais encore chaque jour, le syndrome de l’imposteur. Tout cela a pris du temps mais je n’ai pas lâché. 

Il y a aussi eu les difficultés techniques : apprendre à filmer, à monter, à faire un site, à créer une page FB… Lancer un projet demande énormément de compétences très variées, de bien s’organiser et de bien s’entourer. 

J’ai été soutenue par ma famille et mes amis, dès le début, et tout au long de cette remise en question et transformation. J’ai pu partager mes idées et les tester auprès d’eux, bénéficier de leur soutien inconditionnel, même si parfois challengeant bien sûr. Et puis j’ai été suivie par des médecins qui m’ont poussée à explorer d’autres voies, par des coaches, des programmes d’accompagnement au lancement de startups.

Avez-vous été sur le terrain pour expérimenter le métier ? Si non, auriez-vous aimé le faire ?

Oui, en fait, je me suis lancée directement sur le terrain, en mode expérimentation dès que possible. Et seulement un an après, je me suis formée dans une école d’audiovisuel! Je crois aussi que c’est mon mode de fonctionnement, j’apprends par l’expérience.

Comment votre entourage a réagi à cette prise de décision ?

Généralement les gens ont été surpris, moi aussi en fait. Certains sont restés muets, d’autres m’ont soutenus au fur et à mesure de la construction de ce projet. Je crois que majoritairement les gens étaient positifs et inspirés par ma décision et mon parcours.

Je reçois souvent des messages émerveillés de ma Mère sur ce qui se met en place dans ma vie avec ce nouveau métier. Et mon Père, qui est aussi dans l’industrie pharmaceutique, et qui me proposait au début des idées de projets dans ce domaine et dans lequel je ne voulais pas vraiment retourner, est maintenant une super source d’inspiration pour des vidéos « à ma sauce », tournées vers l’humain, le partage et l’authenticité.

Donc, même si parfois certains n’ont pas compris exactement où je voulais aller et ont essayé de me ramener « en terrain connu », aujourd’hui tout mon entourage me soutient et construit ce projet avec moi, en dehors des voies toutes tracées, et c’est juste un pur bonheur. 

Combien de temps cela vous a pris de changer de voie ?

Cela m’a pris deux ans, je ne vis pas encore de ce nouveau métier mais j’ai de plus en plus de contrats avec des personnes qui m’inspirent et j’ai le projet de continuer à faire ce métier en voyageant: Bali, Costa Rica, Marrakech…

Avez-vous des conseils pour ceux qui ont envie de changer de métier ?

Je leur conseille de s’écouter et d’apprendre à se connaitre en premier. Je pense que cela permet de mieux cerner ce qui fait qu’on ne se retrouve plus dans notre métier actuel, et aussi de mieux définir le métier qui pourrait nous correspondre. 

Ces processus de changement prennent du temps, mais on peut être élève jusqu’à la fin de notre vie! La plus vieille personne à avoir passé le Bac aurait 91 ans ! 

Donc, ne pas se limiter à rester dans la même voie, laisser ouvertes les portes des possibles et de son imagination. C’est une des choses qui m’ont le plus aidée: prendre des moments sans rien faire à laisser mon imagination divaguer! Au fur et à mesure, on découvre ce qui nous fait vraiment rêver et on peut aussi (re)découvrir des compétences « innées » qui peuvent tout à fait se transformer en métier! 

Et avez-vous des conseils pour ceux qui aimeraient exercer votre métier ?

Aujourd’hui tout le monde peut filmer avec son smartphone, et il y a même des festivals uniquement sur les films fait avec un smartphone! Donc pas besoin de commencer avec du matériel hors de prix.

En plus, les bases de la vidéo sont celles de la photo et elles s’apprennent facilement! Prenez un cours en ligne, achetez un bouquin…il n’y a aucune raison que vous n’y arriviez pas si vous le voulez vraiment. Après comme pour tout métier, pour maitriser cet art qui est loin d’être facile, il n’y a que la pratique qui paye.

Alors si faire des vidéos vous plait, commencez à en faire pour vous, au quotidien, postez-les et les choses prendront forme. Apprenez sur des projets gratuits, par exemple proposez votre aide, vos services, à des associations, des projets qui vous plaisent! S’ils sont contents de ce que vous avez réalisé, ils penseront à vous pour d’autres projets et vous pourrez comme ça trouver vos premiers clients dans des domaines que vous aimez.

Et si vous êtes passionné(e) par l’humain et les voyages et que vous cherchez un stage, je cherche un(e) stagiaire pour un stage à Bruxelles!

Un dernier mot ?

Une citation de l’Abbé Pierre qui m’a portée dans mes projets depuis le début, « Il ne faut pas attendre d’être parfait pour commencer quelque chose de bien ». Alors foncez !

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